vendredi 24 avril 2009

Ce joli mois de Mai

Il flotte dans l'air, en ce moment, comme un parfum enivrant.

Que l'on pourrait croire, de prime abord, "simplement" chargé des fragrances propres à la période printanière qui débute.
De cette odeur, si particulière, de l'herbe noyée par la première averse orageuse de l'année.
De ce parfum, reconnaissable entre tous, que dégage la terre qui commence, paresseusement, à se réchauffer.
De ces senteurs, typiques, de la fleur sur le point d'éclore.

Mais une fois passé le bonheur engendré par ces sensations maintes et maintes fois éprouvées, l'on pourra déceler dans l'air ambiant certaines senteurs nouvelles.

Il serait bien possible, cette fois-ci, que le printemps qui s'annonce, ne soit pas "simplement" ce renouveau, cyclique autant que séculier, que l'on connaît d'années en années.

Parce qu'à bien humer, la fleur sur le point d'éclore et qui répand son parfum alentour, s'avère d'une espèce devenue rarissime.
Celle de la colère.

De cette colère engendrée par trop d'années passées à courber l'échine, par trop de temps passé à supporter, passivement, silencieusement.
Une fleur qui aurait poussé dans le terreau de l'exploitation outrancière, au sein des champs de l'esclavagisme moderne.
De cette rage née de trop de silence contraints.

Il est probable, également, que ces orages printaniers ne se multiplient, plus violents les uns que les autres. Pour finalement se muer en une véritable tempête. Engendrant, par réaction un véritable cyclone. Social. Sociétal.

Nul doute alors que la température ne cessera de croître, provoquant incendie sur incendie, les foyers se multipliant à l'infini.

Plus que le renouveau évoqué maintes et maintes fois, peut-être ce printemps-ci sera-t-il celui d'un "Nouveau", tout court?

Oui, décidément, ce joli mois de Mai qui s'annonce, risque d'être brûlant...

jeudi 9 avril 2009

A vot' service, Mâ'ame

"La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, a indiqué, mercredi 8 avril, à la sortie du conseil des ministres qu'elle souhaitait interdire le port des cagoules dans les manifestations, arguant que "ceux qui manifestent pour leurs idées jamais ne dissimulent leurs visages".

Si la liberté de manifester fait partie de la démocratie, a-t-elle dit, il y a aussi "des gens qui ne viennent pas du tout pour la manifestation mais pour casser" et commettre des exactions, "dissimulés derrière des cagoules". "


Force est de constater que Mâ'ame a raison.
Cela doit cesser.

Et interdire quelques "masques ou casques" que ce soient serait bien utile, oui.
Afin d'identifier les "ultra-violents" dont on peut constater les scandaleuses exactions dans la vidéo qui suit, à la 9ème minute de celle-ci, notamment.





mercredi 1 avril 2009

30 millions d'ennemis?

Difficile d'échapper ces derniers jours aux récits des atroces faits divers que constituent les attaques de chiens, généralement à l'encontre d'enfants.

Ainsi apprenait-on qu'à Sarcelles, un garçon était attaqué par trois chiens, ce 31 Mars 2009.

Une fillette trouvait la mort le 28 Mars 2009, dans des circonstances terribles, attaquée par les deux dogues allemands familiaux,dans la Marne.

Dans les Ardennes, c'est un enfant de cinq ans qui subissait un terrible assaut canin, le 30 Mars 2009.

S'il n'est pas concevable de remettre en cause les tragédies traversées par les familles concernées, il n'en reste pas moins qu'une accumulation d'attaques de ce genre, sur une période relativement courte peut pousser à s'interroger.

S'agit-il d'une recrudescence soudaine des attaques canines?
La mise en avant, dans les medias, de telles informations qui, aussi terribles soient-elles, n' en restent pas moins des faits divers, traduit-elle une augmentation de l'agressivité, parfois mortelle, de la gent canine?

Les médias n'ont pas choisi de les traiter sous cet angle, quoi qu'il en soit.
Pourtant, le journaliste qui reprend ces dépêches, aussi souvent que ces derniers jours, devrait sans doute s'interroger sur cet aspect des choses.
Car il ne peut lui avoir échappé que ce type d'information "fait la Une" de nombreuses rédactions, "massivement"...

Alors même que les assauts d'un autre type de meutes semblent connaître dernièrement un regain également inquiétant.
Tendant à s'accroître dangereusement.
Mais ne bénéficie pas du même type de "couverture médiatique", curieusement.

A Strasbourg, Christian Grosse,membre du secrétariat local du PCF et du collectif anti-OTAN, a dû faire preuve du plus grand courage face à deux petits roquets, particulièrement agressifs.
Et visiblement excités à la vue du drapeau pacifiste qu'il arborait à sa fenêtre, en signe de protestation quant au retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN.


A Perreux/Marne, deux jeunes lycéens créent un blog afin de relayer un certain nombre d'informations concernant la "réforme Darcos" et les mobilisations qu'elle engendre.
Deux fonctionnaires de police, ex-RG, par l'odeur alléchée, ne tarderont pas à venir renifler la piste de ces dangereux révolutionnaires.

Il est vrai que le blog concerné a reçu une quinzaine de visites, en tout et pour tout.
On appréciera ici le flair des deux fins limiers...


Eric Raoult lui, aboie contre Facebook, et demande la suppression du groupe "Pour l'immolation d'Eric Raoult...Il était une fois le Raincix", présenté comme suit par ses créateurs
:

"Nous sommes en 2009 après J.C., toute la Gaule est occupée par des individus d'ADN douteux... Toute ? Non ! Un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur : (armoierie avec les deux cerfs) Le Raincy où le grand chef Eric Raoult tâche de faire régner l'ordre."

Il faut reconnaître que le " climat de violence et d'utilisation du Net pour des appels et des incitations à la haine" que dénonce "le Raoult", tous crocs et grondements dehors, est parfaitement illustré par ce petit texte d'introdution.
Et que les auteurs de pareilles horreurs ne peuvent être que de sombres terroristes sanguinaires.
Organisés.
Qui vont jusqu'à mettre en ligne leurs sombres desseins.
Preuve qu'ils n'ont peur de rien.

La direction de France 3, n'écoutant que la voix de son maître, poursuit de ses jappements ridicules deux journalistes de Rue89 et de ses PROPRES EQUIPES, pour « vol, recel et contrefaçon », les odieux journalistes étant soupçonnés d'avoir mis en ligne la séquence où l'on peut voir et entendre N. Sarkozy s'exprimer "Off," comme on dit dans le milieu.

Enfin, F. Lefebvre, porte-parole de l'UMP, s'érige quant à lui, en véritable cerbère du Net.
Parce que d'après lui, le réseau serait tout bonnement la porte des Enfers:

"(...)L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ?
Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde?
Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?
Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde.
"
Déclarait le triste sire, en Décembre 2008, devant l'Assemblée Nationale, afin de défendre un amendement visant, entre autres choses, à placer Internet sous le contrôle du CSA.

Le même F. Lefebvre, qui montre les dents dès que la moindre critique est émise à l'égard d'HADOPI, ce nouveau projet de loi qui prévoit la mise en place d'une "liste blanche" de sites autorisés, seules et uniques pages du Net accessibles aux utilisateurs de point d'accès publics.

Ou comment sauter à la gorge de la liberté d'expression, sans avoir l'air d'y toucher, au nom de la lutte contre le piratage et pour la sauvegarde de la création artistique!
Du Grand Art!

Le droit de manifester subit lui aussi très régulièrement des attaques d'une rare violence, en ces temps de mobilisation fréquentes.

A Amiens, ce 23 Mars 2009, les CRS s'en prennent violemment à des manifestants pacifistes.
Le réflexe pavlovien du coup de matraque n'étant plus conditionné visiblement par une hostilité évidente des manifestants, mais bel et bien désormais, par leur simple présence...

A Toulouse, le 19 Mars 2009, ce sont les policiers de la BAC, ainsi que les CRS qui chargent.
A l'instar de certains canidés particulièrement agressifs, ces derniers ne supportent sans doute pas qu'on soutiennent leurs regards. Et vise donc la tête des manifestants, avec leurs "jouets à ba-balles" préférés, particulièrement dangereux.

A Marseille, lors de la mobilisation du 19 Mars dernier, ce sont deux manifestants, issus d'un troupeau de moutons noirs de 200 000 têtes (quand même...), qui sont la proie des chiens de bergers visiblement devenus fous.

Et qui vont désormais être saisis à la gorge par la Justice, qui n'hésite pas à déclarer à Steve Jaeger, qui tentait d'aider son "co-accusé" face aux violences policières, qu'il, je cite: "(...)n'avait rien à faire là!"

A Marseille toujours, le 27 Mars 2009, lors de la venue de M. Fillon, trente enseignants-chercheurs sont interpellés et retenus durant 1h30 par les forces de l'ordre (?!). Leur désir de manifester leur mécontement étant la seule charge retenue contre eux, il apparaît donc logique de considérer que celui-ci est désormais un délit.

La liste ci-dessus n'est malheureusement pas exhaustive...

Comme cherchent à le montrer les médias actuellement, les attaques perpétrées par des chiens dangereux se multiplient..
Visiblement, étudier le phénomène en question, au-delà du traitement habituellement réservé à ce type de fait divers, à l'aide de données statistiques, en cherchant auprès d'experts un avis éclairé, n'est pas une priorité dans les rédactions de notre presse nationale...

Pas plus que couvrir largement les attaques incessantes que subissent la liberté d'expression ou le droit de manifester.
Quant à analyser les causes et les conséquences de ces dernières, encore faudrait-il commencer à rendre compte de leur ampleur...

J'ai de plus en plus peur des chiens, dans ce pays.





mercredi 18 mars 2009

Avis de tempête


L'océan néo-libéral, et la faune qui y évolue, sont deux sujets d'études absolument fascinants.

Si, si.

Cela fait des années que je suis plongé dans le premier.
Et que j'observe la seconde.

Certes, non par goût.
Par dépit, plutôt.

Puisque j'y suis immergé malgré moi.
Et confronté contre mon gré, donc.
A l'instar de nombre de mes congénères.

Une espèce appartenant à cet environnement impitoyable a particulièrement retenu mon attention.
Et a nourri la plupart de mes colères:

"Les crustacézémollusques".

Parce que je trouve ces membres bien plus détestables que "les requins de la finance", maîtres terrifiants de ces eaux troubles, dans lesquelles je suis contraint d'évoluer.
Avec le gros du banc de (petits) poissons qui peuple ces mers.

Mais permettez-moi de m'arrêter toutefois sur cette première catégorie d'animaux.

Le "squale néo-libéral" est un prédateur absolument terrifiant.

Dépourvu du moindre sentiment, celui-ci peut dévorer entreprises après entreprises, emplois après emplois, ne paraissant rassasié que lorsque son odorat sur-développé lui assure qu'une BONNE GROSSE CROISSANCE suivra le carnage.
Et ce, même si, de toute évidence, son appétit menace de boulerverser irrémédiablement l'éco-système auquel il appartient (ce con!).

Et lorsque les eaux dans lesquelles il a l'habitude de chasser ne lui permettent plus de combler son estomac bedonnant, celui-ci se tourne alors vers d'autres territoires.
"Les mers du service public", par exemple.

Alors celui-ci, suivi de ces semblables, fond sur les secteurs de la Santé, de l'Education, de l'Emploi, et j'en passe.
Et les scènes qui suivent sont à faire pâlir toutes les merdouilles holywoodiennes du type "Dents de la mer", du 1er au 40douzième épisode.
Une horreur.
Les acquis sociaux déchiquetés, démembrés sauvagement, l'esprit de solidarité qui se vide lentement de toute sa substance, agonisant lentement...
Monstrueux.

Mais ne nous égarons point, et revenons à l'espèce que j'évoquais, beaucoup plus répandue, malgré tout, que celle à laquelle appartiennent ces odieux prédateurs.

Parce qu'à bien y regarder, désormais, force est de constater qu'il y a pire que "les squales de la Bourse":
Les fameux "crustacézémollusques".

Ceux-là même qui ont rendu possible les carnages sus-évoqués.
Par leur passivité complice.
Certes engendrée/entretenue/encouragée par nos "requins néo-libéraux". (Mais quand même, bordel, c'est pas une excuse...)
"Les crustacézémollusques" n'ont cessé, disais-je, de déclencher chez moi de véritables crises de rage.

Observons donc quelques spécimens de l'espèce en question:

Le "syndicaliste consensuel" par exemple.
A tendance réformiste.
Mou du bulbe.
Qui plutôt que d’affronter le patronnat de plein fouet adopte la technique du crabe.
Quelle que soit la violence de l'assaut.
Démarche typique du mec qui biaise (tout le monde), sans cesse.

Le « salarié n'actionnaire ».
Accroché à ses petites n’actions, et à son p’tit n’emploi, même précaire.
Qui, bien à l’abri dans sa (fragile) coquille, espère que c’est pas lui qu’"On" va arracher du rocher en premier.
Telle la moule lambda.

Le « citoyen mou de la conscience», dont la résignation fataliste laisse à penser que, non content de posséder le QI d’un bullot, il en partage également les capacités de révolte.

Le « jeune con ».
Lycéen (crétin) ou étudiant (fainéant), totalement captivé par sa « PS360 qui tue la mort ».
Et ses contacts sur MSN.
Guère plus actif qu'une huître, se contentant de croître, pour ensuite être récoltée.

Le « blogueur de gauche », qui continue de penser que « c’est génial cette révolution en ligne, ‘tin, t’as vu, il flippe sa race le pouvoir en place. Mdr. Lol. :) »
Dont le cri de rage est aussi effrayant que celui d’un oursin.
Proche cousin des "concombres de mer".
Si c'est pas un signe, ça...

La liste pourrait s'allonger indéfiniment.
Si quelque lecteur passant par ici, souhaite enrichir cette maigre tentative de classification, qu'il ne se gêne point, d'ailleurs.

Si quelque "crustacézémollusque" appartenant aux catégories décrites dans ce billet, vient à passer ici aussi, qu'il ne s'offusque point.
Sans doute est-il sur la bonne voie...

Caricatural? Moui.
A peine.
Pis je ne suis pas biologiste, non plus...

Et je suis ravi d'avoir constaté, ces derniers temps, que beaucoup jetaient un oeil hors de leur coquille ou carapace.
Même qu'il paraîtrait qu'ils sont 74% à comprendre les poissons-rebelles.

J'ai par ailleurs moi-même appartenu à certaines catégories de ces espèces.
Longtemps.
Et j'appartiens encore à certaines autres, sans doute.

La rage engendrée par leur passivité n'est venue qu'après avoir découvert qu'il existait d'autres courants.
Par lesquels il suffisait de se laisser porter.

Quoi qu'il en soit, ami "crustacézémollusque", avec la tempête qui se prépare, ou tu profites de la marée humaine de demain ou tu seras expédié dans les fonds abyssaux de l’océan néo-fachisto-libérale.

Et là, la pression sera plus terrible encore que ce à quoi tu pensais pouvoir résister jusqu'ici.
Et tu réaliseras, VRAIMENT trop tard, que ta petite coquille, ta ridicule carapace, ça a toujours été de la merde...

Et que oui, ce sont les squales OU tes congénères.
(Ou toi. Donc.)

A demain.
Et bon Tsunami.




samedi 21 février 2009

Aloïs, mon amour

" Quand j'étais petit, j'adorais le cirque, et ce que j'aimais par-dessus tout, au cirque, c'étaient les animaux. L'éléphant en particulier me fascinait; comme je l'ai appris par la suite, c'était l'animal préféré de tous les enfants. Pendant son numéro, l'énorme bête exhibait un poids, une taille et une force extraordinaires... Mais tout de suite après et jusqu'à la représentation suivante, l'éléphant restait toujours attaché à un petit pieu fiché en terre, par une chaîne qui retenait l'une de ses pattes prisonnière.

Or ce pieu n'était qu'un minuscule morceau de bois à peine enfoncé de quelques centimètres dans le sol. Et bien que la chaîne fût épaisse et résistante, il me semblait évident qu'un animal capable de déraciner un arbre devait facilement pouvoir se libérer et s'en aller.

Le mystère reste entier à mes yeux.

Alors, qu'est-ce qui le retient?
Pourquoi ne s'échappe-t-il pas?

A cinq ou six ans, j'avais encore une confiance absolue dans la science des adultes. J'interrogeai donc un maître, un père ou un oncle sur le mystère du pachyderme. L'un deux m'expliqua que l'éléphant ne s'échappait pas parce qu'il était dressé.

Je posai alors la question qui tombe sous le sens:
"S'il est dressé, pourquoi l'enchaîne-t-on?"

Je ne me rappelle pas qu'on m'ait fait une réponse cohérente. Le temps passant, j'oubliai le mystère de l'éléphant et de son pieu, ne m'en souvenant que lorsque je rencontrais d'autres personnes qui un jour, elles aussi, s'étaient posé la même question.

Il y a quelques années, j'eus la chance de tomber sur quelqu'un d'assez savant pour connaître la réponse:


L'éléphant du cirque ne s'échappe pas parce que, dès son plus jeune âge, il a été attaché à un pieu semblable.

Je fermai les yeux et j'imaginai l'éléphant nouveau-né sans défense, attaché à ce piquet. Je suis sûr qu'à ce moment l'éléphanteau a poussé, tiré et transpiré pour essayer de se libérer, mais que, le piquet étant trop solide pour lui, il n'y est pas arrivé malgré tous ses efforts.
Je l'imaginai qui s'endormait épuisé et, le lendemain, essayait à nouveau, et le surlendemain... Et les jours suivants... Jusqu'à ce qu'un jour, un jour terrible pour son histoire, l'animal finisse par accepter son impuissance et se résigner à son sort.
Cet énorme et puissant pachyderme que nous voyons au cirque ne s'échappe pas, le pauvre, parce qu'il croit qu'il en est incapable.
Il garde le souvenir gravé de l'impuissance qui fût la sienne après sa naissance.
Et le pire, c'est que jamais il n'a sérieusement remis en question ce souvenir.

Jamais, jamais il n'a tenté d'éprouver à nouveau sa force... "

Jorge Bucay,
extrait de "Laisse moi te raconter... Les chemins de la vie".

mercredi 11 février 2009

Les malheurs de Lakshmi (et des Autres)

On l'a vu à plusieurs reprises, les chiffres, c'est implacable.

Même avec la plus grande mauvaise foi du monde, minimiser/masquer de bons résultats économiques est un "métier" qui, à l'instar de celui de Nicolas Sarkozy, est "difficile".

Et bien que ce soit une discipline dans laquelle les dirigeants des plus grandes sociétés mondiales ont toujours particulièrement excellé, l'exercice s'avère désormais périlleux...

Ainsi pourra-t-on consulter, pour illustrer ces propos, l'annonce des résultats du groupe ArcelorMittal sur le site "La vie financière".

Monument du genre.

Très très... Goûteux.

Mon passage préféré :
"Les performances généralement excellentes d' ArcelorMittal en 2008 ont été occultées par le ralentissement considérable de l'économie mondiale au dernier trimestre."
Lakshmi Mittal, Président d'ArcelorMittal.

Lecture point bandante, j'en conviens, mais Ô combien édifiante...

Un truc un peu plus drôle peut consister à aller admirer les trésors de rhétorique déployés dans l'article suivant (Capital.fr) pour attirer l'attention sur les pertes de la multinationale en question, et non sur ses 9,3 Milliards de bénéfice sur l'exercice 2008

Mais malgré tous les efforts de la Direction de Mittal, un magot comme celui-là, ça se planque pas sous le 1er matelas venu...
Et du coup:
"(...) ArcelorMittal voyait son titre bondir ce matin, après la publication de ses résultats."

"Les résultats d'ArcelorMittal salués" titre donc Capital.fr.
Dans la rubrique "Bourse"...

Alors que dans le même temps, un article du site de la RTBF, met un tout autre titre en avant.
Dans la rubrique "Entreprises":

"Manif des syndicats européens d'ArcelorMittal"

Une manière différente de saluer les résultats du géant de l'acier, donc...

Des annonces de résultats colossaux d'un côté, des mouvements syndicaux de l'autre pour dénoncer de futurs licenciements.
Mouais.

Le discours a toujours été le même :

"(...) Bénéfices records, blabla, solidité financière à maintenir, blabla, actionnaires, dividendes, investisseurs, développement, blabla, agressivité du marché, risque de rachat par la concurrence quand même, blabla, donc plein de pognon, oui, mais redistribution, hausse de salaires, DANS TON CUL.
Désolé."

Donc voilà, rien de bien nouveau.

Sauf que, sauf que...

C'est LA CRISE, BORDEL!
SEULEMENT 9,3 Milliards de bénéfice...
(Pour continuer sur l'exemple retenu jusqu'ici).

Et le discours de se durcir:

"(...) Grande Méchante Crise (GMC) MAIS Bénéfices records, blabla, solidité financière à maintenir, blabla, actionnaires, dividendes, investisseurs, développement, blabla, incertitudes du marché, donc risque de dégringolage du cours de l'action et fortes possibilités d'un rachat par la concurrence, blabla, donc plein de pognon, oui, mais redistribution, hausse de salaires, DANS TON CUL.
Désolé.
Pis merci de fermer la porte en partant pointer à POLE EMPLOI.
Bin, oui, n'éobligé, c'est la faute à la GMC, cette garce.
Même que c'est pas facile pour nous non plus!"

Et le phénomène de se répandre.
Ce que l'on pourra constater visuellement sur LeMonde.fr, où l'internaute averti promènera sa souris sur la magnifique carte des suppressions d'emplois en France.
Où l'on retrouvera des groupes comme SONY, RENAULT, PEUGEOT, VALEO...

Gageons qu'en cette période de publication des chiffres, les annonces du même acabit que celle de Lakshmi Mittal, résultats colossaux versus licenciements "nécessaires", vont se succéder.

Sauf que, sauf que...

C'est LA CRISE, BORDEL!

Et que donc les mêmes patrons, avides de toujours plus de bénéfices, vont devoir, afin de continuer à satisfaire cet appétit vorace partagé avec leurs actionnaires, assoiffés de toujours plus de fric, LICENCIER A TOUR DE BRAS.

Or, il ne s'agit plus d'une "simple" redistribution honteusement inégale.
L'équilibre fragile qui permettait jusqu'ici de faire taire les revendications salariales n'est plus.
Il s'agit désormais pour les salariés de ne pas se retrouver sans emploi.
Rien que ça.

Et comme on l'a vu, c'est la crise, BORDEL!, on n'arrête pas de vous le dire, le phénomène prend de l'ampleur.
Et on licencie massivement.
Rien que ça, Bis.

Parce que l'ancien (régime) système reposait sur le même principe, dans l'ensemble de ces grands groupes.
Et que les solutions (!) que leurs directions respectives préconisent sont les mêmes partout, à peu de choses près:
Jouer sur la dernière variable jugée maîtrisable du système, en l'occurrence leurs salariés.
Que cela passe par une baisse du coût des salaires, ou par l'augmentation des heures travaillées.
Les deux si nécessaire...

Sauf que, sauf que...

Nous assistions déjà naguère (lire avant la GMC) à une montée du ras-le-bol.
A un début d'ersatz de prise de conscience.
Le discours pré-Crise ne "fonctionnait" déjà plus aussi bien que par le passé.

Et nous allons assister vraisemblablement, dans les mois à venir, à une multiplication des manifestations, des mouvements sociaux et autres "grèves dures".

Parce que "les perdants" sont toujours dans les mêmes rangs des mêmes classes sociales.
Mais qu'à l'inverse, le nombre de citoyens salariés y appartenant change, lui.
Et qu'il enfle méchamment.

Parce que les solutions avancées sont toujours les mêmes, sur le fond.
Mais qu'à l'inverse, leurs conséquences changent, elles.
Et qu'elles deviennent dramatiques.

Parce qu'il devient de plus en plus flagrant que les politiques n'y peuvent rien, voire vont y participer, comme par le Passé.

On pourra d'ailleurs consulter le discours de Nicolas Sarkozy, annonçant les mesures de soutien à l'Economie préconisées par son gouvernement, à Argonay, le 23 Octobre 2008.





Un passage retient l'attention, tant il comporte de similitudes avec les propos tenus par tel ou tel président de telle ou telle multinationale:

"(...)Notre stratégie économique ne doit pas seulement nous permettre de passer, au mieux, un moment difficile, mais doit nous permettre de nous donner les meilleures chances possibles de réussir, dans le Monde, tel qu'il est en train de se réorganiser. Dans ce monde, la concurrence ne sera pas plus douce. Ce sera plus dur. Et pour pouvoir vendre nos produits, attirer les investissements, garder nos entreprises et nos emplois, faire progresser notre pouvoir d'achat, IL FAUT ETRE PLUS COMPETITIF, IL FAUT TRAVAILLER PLUS.
Nous sommes le seul pays au Monde à nous être doté du carcan des 35 heures, heureusement que le gouvernement de François Fillon nous en a libéré, aucun autre pays au Monde n'a fait le choix de travailler moins, comment voulez-vous que ça marche?
(...) Que les contraintes pesant sur l'ouverture des magasins le dimanche soient PUISSAMMENT assouplies!
C'est dire à quel point les réformes structurelles engagées depuis l'élection présidentielle ne sont pas rendues moins nécessaires, moins urgentes par la conjoncture. Je pense, qu' AU CONTRAIRE, ces réformes structurelles sont plus nécessaires que jamais et qu' IL VA ME FALLOIR accélérer plutôt que ralentir."

Analyse similaire, utilisation commune de la peur engendrée par la GMC, pseudo-solutions identiques...
Et même victimes à venir.

Et c'est la "grogne" qui va finir par se mondialiser.
Qui va enfler jusqu'à la révolte.
Sans doute.


"Solution" annonciatrice de VRAIS moments "durs et difficiles", pour reprendre la sémantique ultra-libérale.

Et bien qu'elle ne constitue, certes, qu'une réponse temporaire et qu'à moitié satisfaisante (oui, c'est un euphémisme), celle-ci n'en demeure pas moins LA SEULE QUI RESTE.

Juste LOGIQUEMENT ET FATALEMENT inévitable.

Qui continuerait de discuter avec un type assis sur des milliards, et qui t'expliquerait que jusque là perdre ton emploi n'était qu'une menace, pour que la fontaine de fric ne soit point tarie?
Et que pour qu'ils continuent tranquillement, ses potes et lui, à se vautrer dans leurs liasses, tu serais bien gentil de fermer la porte en sortant, définitivement?

Alors que cela fait des années que tu contribues à ce que le pactole croisse.

Hein? Qui?

 
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