samedi 6 décembre 2008

Droit dans le mur...


Il convient de positiver, là.
Fort.

"L'Affaire de Marciac", et les autres, similaires, vont au moins permettre d'ajouter à notre champ sémantique une cooccurrence nouvelle, et non des moindres:
"BONNE INSECURITE".

Cooccurrence particulièrement intéressante, bien au-delà de l'apparente contradiction qu'elle semble exprimer, comme ça, de prime abord.
Parce qu'elle va nous permettre de pondérer nos opinions "réac'", pétries, on le sait, c't'évident, de "bien pensance gauchiste".

Une expression qui permet d'accoler deux notions totalement opposées est nécessairement efficace en matière de pondération.
C't'évident, bis.

Il suffit, pour mesurer les progrès intellectuels qu'elle permet d'accomplir, de la confronter à la réalité qu'elle décrit:

Entrer dans une salle de classe, avec un gros clébard flicard qui grogne et bave, qui bouffe deux-trois sacs, "(...)Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas, quand il mord ça pique!" peut paraître, comme ça, au premier coup d'oeil indigné, relever de l'insécurité.

Ou plus fin: "(...)« Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto !"... peut paraître comme ça, au premier coup d'oeil révulsé, relever de violences policières.

Ou de l'abus de pouvoir.
Ou de l'abus de pouvoir policier engendrant une certaine forme de violence.

Que nenni!

Imposer une fouille douteuse à une enfant, peut paraître relever de... de tellement de choses abjects que je refuse même de les nommer.
Je laisse le soin à mes lecteurs de mettre les mots qu'ils voudront là-dessus.
J'ai peur d'en manquer.
Ou de ne pas en maitriser certains...

Et puis cela risquerait de les influencer.

Alors que la déclaration de Mme la procureur de la République est tellement POSITIVE, elle.
Tellement démonstrative, tellement porteuse d'évidence flagrante:

Tout ça, TOUT CA, hein... Relève en fait de la "BONNE INSECURITE".
Point barre.

Qu'est-ce que la "bonne insécurité"?
De quels raisonnements est issue cette notion?
Sur quoi se base-t-on afin de déterminer s'il existe une "bonne" et une "mauvaise" insécurité?
Sur quels critères s'appuie-t-on pour appliquer ces bases?

Je dois retomber là dans mes travers "bien pensants"...
Alors qu'il suffit d'écouter les propos de Mme la procureur de la République pour calmer ces angoisses "gauchisantes".

Les propos de Frederic Lefebvre sont, quant à eux, inspirés par certains rapports, qu'il cite indirectement, sans les nommer précisément...
Rapports "sortis" en 2006, notamment.
A la demande de N. Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, et désireux de mener à bien son "projet de loi sur la sécurité intérieure".

"(...)La question de la détection précoce des comportements... Ca a été dans beaucoup de rapports, on dit qu'il faut le faire dès l'âge de 3 ans pour être efficace..."
Déclaration de Frederic Lefebvre, porte parole de l'UMP, lors de son passage dans l'émission de JP Elkabbach sur Europe (01/12/2008).



Quels comportements?

Les comportements qui poussent à sortir du "droit chemin"...
"Droit chemin" évoqué par M. Lefebvre, aux alentours de 05:40, dans l'extrait vidéo ci-dessus.
Notion déjà présente dans le rapport Benisti.
Qui était un foutu torchon.
Malgré une seconde version.
Malgré l'appel à l'aide à l'INSERM, à l'époque, pour parvenir à rendre plus "respectables" les deux versions du rapport Benisti...

"(...)beaucoup de rapports"?

Ben oui.
C't'évident.

Les trois rapports sus-cités.
Et ça suffit amplement.

On va pas s'emmerder avec les multiples études menées en psychologie infantile.
On va pas s'emmerder avec le quotidien de multiples travailleurs sociaux qui sont quotidiennement confrontés aux problèmes de ces "gosses là".

Qu'ils gèrent parfaitement.

Et qui ne voient vraiment pas le lien qu'ils devraient faire entre leur travail et la criminalisation systématique des "gamins à problèmes".

Ce qui ne va pas dans le "bon sens".

Et c'est quoi, 'xactement, le "bon sens", d'ailleurs?
Rachida Dati, sans doute peinée de nous voir taraudés par pareils errements, se propose de nous éclairer.

"(...)Dire qu'un mineur d'aujourd'hui peut justifier une sanction pénale à partir de 12 ans me semble correspondre au bon sens..."
Déclaration de Rachida Dati, Garde des Sceaux, alors qu'elle recevait le rapport de la comission Varinard (05/12/2008).

Le fait même que les conclusions de la commission Varinard soient sujettes à caution ne paraît pas poser problème.
Le fait que ce soit l'analyse même des multiples réflexions menées dans ce domaine qui pose problème n'arrête aucunement notre garde des Sceaux actuelle.

Puisqu'il s'agit d'une question de "bon sens".
Point barre.

Quelque part, tous ces concepts sont rassurants.

La "Bonne insécurité".
Le "Droit chemin".
Le "Bon sens".


Parce que je devais être sacrément paumé, aveuglé par mes "considérations gauchistes et droits de l'hommiste".
Au point d'avoir perdu tout "bon sens".

Et d'avoir l'impression d'aller dans le mauvais.

De sens.

De celui là-même qui mène droit vers "FachoLand, terminus, tout le monde descend..."

C'est vrai que la vitesse, plutôt lente, plutôt douce, à laquelle on m'y conduisait, me laissait encore entrevoir la possibilité de sauter en route...

Mais maintenant, et devant le brio de telles analyses, face au caractère irréfutable des raisonnements qui nous démontrent que cette sainte direction est la seule et unique à envisager, je suis rassuré.

Puisqu'on va dans le bon sens...


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4 commentaires:

littlehorn a dit…

Coucou.
Qu'est-ce que la "bonne insécurité"?
De quels raisonnements est issue cette notion?
Sur quoi se base-t-on afin de déterminer s'il existe une "bonne" et une "mauvaise" insécurité?
Sur quels critères s'appuie-t-on pour appliquer ces bases?

Je pense pouvoir répondre. La "bonne" insécurité, c'est l'insécurité qui soumet les gens à la loi. La procureure imagine que les gosses seront traumatisés et ne voudront plus toucher à la drogue.
Rappelons-nous aussi que ceci est la base de toute 'justice', de tout Etat. Soumettre, faire peur, frapper, voler (à travers les amendes et les impôts), enfermer, jusqu'à ce que le "malfaiteur" ne 'malfaite' plus.
Ce que la procureure devrait dire, c'est plutôt: 'la loi, rien que la loi.'

Et ce que vous devriez dire, c'est que chacun a le droit d'absorber toute substance, quelle qu'elle soit, puisque lui seul en subit les conséquences. L'Etat n'a pas le droit d'interdire les drogues, cela va à l'encontre des droits fondamentaux.

Infocrate a dit…

"(...)La "bonne" insécurité, c'est l'insécurité qui soumet les gens à la loi."

C'est ce qui est inquiétant.
Qu'on puisse "user d'insécurité", même "bonne" (!), d'une part.
Et d'autre part, que les lois en question soient de plus en plus "dures"...

jide a dit…

Quand la novlangue arrive à ce niveau de perfectionnement, que faut il en déduire ?

Que face à ces hyènes, et à leurs manipulations, leurs mensonges sans fin, sans pudeur, sans limite, il ne reste plus grand chose comme solution.
Par exemple, de la bonne insécurité (c) dans la tronche.

Infocrate a dit…

Miiaaaaam, la "bonne insécurité"!

 
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