mercredi 11 février 2009

Les malheurs de Lakshmi (et des Autres)

On l'a vu à plusieurs reprises, les chiffres, c'est implacable.

Même avec la plus grande mauvaise foi du monde, minimiser/masquer de bons résultats économiques est un "métier" qui, à l'instar de celui de Nicolas Sarkozy, est "difficile".

Et bien que ce soit une discipline dans laquelle les dirigeants des plus grandes sociétés mondiales ont toujours particulièrement excellé, l'exercice s'avère désormais périlleux...

Ainsi pourra-t-on consulter, pour illustrer ces propos, l'annonce des résultats du groupe ArcelorMittal sur le site "La vie financière".

Monument du genre.

Très très... Goûteux.

Mon passage préféré :
"Les performances généralement excellentes d' ArcelorMittal en 2008 ont été occultées par le ralentissement considérable de l'économie mondiale au dernier trimestre."
Lakshmi Mittal, Président d'ArcelorMittal.

Lecture point bandante, j'en conviens, mais Ô combien édifiante...

Un truc un peu plus drôle peut consister à aller admirer les trésors de rhétorique déployés dans l'article suivant (Capital.fr) pour attirer l'attention sur les pertes de la multinationale en question, et non sur ses 9,3 Milliards de bénéfice sur l'exercice 2008

Mais malgré tous les efforts de la Direction de Mittal, un magot comme celui-là, ça se planque pas sous le 1er matelas venu...
Et du coup:
"(...) ArcelorMittal voyait son titre bondir ce matin, après la publication de ses résultats."

"Les résultats d'ArcelorMittal salués" titre donc Capital.fr.
Dans la rubrique "Bourse"...

Alors que dans le même temps, un article du site de la RTBF, met un tout autre titre en avant.
Dans la rubrique "Entreprises":

"Manif des syndicats européens d'ArcelorMittal"

Une manière différente de saluer les résultats du géant de l'acier, donc...

Des annonces de résultats colossaux d'un côté, des mouvements syndicaux de l'autre pour dénoncer de futurs licenciements.
Mouais.

Le discours a toujours été le même :

"(...) Bénéfices records, blabla, solidité financière à maintenir, blabla, actionnaires, dividendes, investisseurs, développement, blabla, agressivité du marché, risque de rachat par la concurrence quand même, blabla, donc plein de pognon, oui, mais redistribution, hausse de salaires, DANS TON CUL.
Désolé."

Donc voilà, rien de bien nouveau.

Sauf que, sauf que...

C'est LA CRISE, BORDEL!
SEULEMENT 9,3 Milliards de bénéfice...
(Pour continuer sur l'exemple retenu jusqu'ici).

Et le discours de se durcir:

"(...) Grande Méchante Crise (GMC) MAIS Bénéfices records, blabla, solidité financière à maintenir, blabla, actionnaires, dividendes, investisseurs, développement, blabla, incertitudes du marché, donc risque de dégringolage du cours de l'action et fortes possibilités d'un rachat par la concurrence, blabla, donc plein de pognon, oui, mais redistribution, hausse de salaires, DANS TON CUL.
Désolé.
Pis merci de fermer la porte en partant pointer à POLE EMPLOI.
Bin, oui, n'éobligé, c'est la faute à la GMC, cette garce.
Même que c'est pas facile pour nous non plus!"

Et le phénomène de se répandre.
Ce que l'on pourra constater visuellement sur LeMonde.fr, où l'internaute averti promènera sa souris sur la magnifique carte des suppressions d'emplois en France.
Où l'on retrouvera des groupes comme SONY, RENAULT, PEUGEOT, VALEO...

Gageons qu'en cette période de publication des chiffres, les annonces du même acabit que celle de Lakshmi Mittal, résultats colossaux versus licenciements "nécessaires", vont se succéder.

Sauf que, sauf que...

C'est LA CRISE, BORDEL!

Et que donc les mêmes patrons, avides de toujours plus de bénéfices, vont devoir, afin de continuer à satisfaire cet appétit vorace partagé avec leurs actionnaires, assoiffés de toujours plus de fric, LICENCIER A TOUR DE BRAS.

Or, il ne s'agit plus d'une "simple" redistribution honteusement inégale.
L'équilibre fragile qui permettait jusqu'ici de faire taire les revendications salariales n'est plus.
Il s'agit désormais pour les salariés de ne pas se retrouver sans emploi.
Rien que ça.

Et comme on l'a vu, c'est la crise, BORDEL!, on n'arrête pas de vous le dire, le phénomène prend de l'ampleur.
Et on licencie massivement.
Rien que ça, Bis.

Parce que l'ancien (régime) système reposait sur le même principe, dans l'ensemble de ces grands groupes.
Et que les solutions (!) que leurs directions respectives préconisent sont les mêmes partout, à peu de choses près:
Jouer sur la dernière variable jugée maîtrisable du système, en l'occurrence leurs salariés.
Que cela passe par une baisse du coût des salaires, ou par l'augmentation des heures travaillées.
Les deux si nécessaire...

Sauf que, sauf que...

Nous assistions déjà naguère (lire avant la GMC) à une montée du ras-le-bol.
A un début d'ersatz de prise de conscience.
Le discours pré-Crise ne "fonctionnait" déjà plus aussi bien que par le passé.

Et nous allons assister vraisemblablement, dans les mois à venir, à une multiplication des manifestations, des mouvements sociaux et autres "grèves dures".

Parce que "les perdants" sont toujours dans les mêmes rangs des mêmes classes sociales.
Mais qu'à l'inverse, le nombre de citoyens salariés y appartenant change, lui.
Et qu'il enfle méchamment.

Parce que les solutions avancées sont toujours les mêmes, sur le fond.
Mais qu'à l'inverse, leurs conséquences changent, elles.
Et qu'elles deviennent dramatiques.

Parce qu'il devient de plus en plus flagrant que les politiques n'y peuvent rien, voire vont y participer, comme par le Passé.

On pourra d'ailleurs consulter le discours de Nicolas Sarkozy, annonçant les mesures de soutien à l'Economie préconisées par son gouvernement, à Argonay, le 23 Octobre 2008.





Un passage retient l'attention, tant il comporte de similitudes avec les propos tenus par tel ou tel président de telle ou telle multinationale:

"(...)Notre stratégie économique ne doit pas seulement nous permettre de passer, au mieux, un moment difficile, mais doit nous permettre de nous donner les meilleures chances possibles de réussir, dans le Monde, tel qu'il est en train de se réorganiser. Dans ce monde, la concurrence ne sera pas plus douce. Ce sera plus dur. Et pour pouvoir vendre nos produits, attirer les investissements, garder nos entreprises et nos emplois, faire progresser notre pouvoir d'achat, IL FAUT ETRE PLUS COMPETITIF, IL FAUT TRAVAILLER PLUS.
Nous sommes le seul pays au Monde à nous être doté du carcan des 35 heures, heureusement que le gouvernement de François Fillon nous en a libéré, aucun autre pays au Monde n'a fait le choix de travailler moins, comment voulez-vous que ça marche?
(...) Que les contraintes pesant sur l'ouverture des magasins le dimanche soient PUISSAMMENT assouplies!
C'est dire à quel point les réformes structurelles engagées depuis l'élection présidentielle ne sont pas rendues moins nécessaires, moins urgentes par la conjoncture. Je pense, qu' AU CONTRAIRE, ces réformes structurelles sont plus nécessaires que jamais et qu' IL VA ME FALLOIR accélérer plutôt que ralentir."

Analyse similaire, utilisation commune de la peur engendrée par la GMC, pseudo-solutions identiques...
Et même victimes à venir.

Et c'est la "grogne" qui va finir par se mondialiser.
Qui va enfler jusqu'à la révolte.
Sans doute.


"Solution" annonciatrice de VRAIS moments "durs et difficiles", pour reprendre la sémantique ultra-libérale.

Et bien qu'elle ne constitue, certes, qu'une réponse temporaire et qu'à moitié satisfaisante (oui, c'est un euphémisme), celle-ci n'en demeure pas moins LA SEULE QUI RESTE.

Juste LOGIQUEMENT ET FATALEMENT inévitable.

Qui continuerait de discuter avec un type assis sur des milliards, et qui t'expliquerait que jusque là perdre ton emploi n'était qu'une menace, pour que la fontaine de fric ne soit point tarie?
Et que pour qu'ils continuent tranquillement, ses potes et lui, à se vautrer dans leurs liasses, tu serais bien gentil de fermer la porte en sortant, définitivement?

Alors que cela fait des années que tu contribues à ce que le pactole croisse.

Hein? Qui?

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